Une ligne de cavaliers, parfaitement alignés. Un galop. Puis, tout au bout de la course, un seul coup de tonnerre : tous les fusils tirent au même instant. Si les tirs sont dispersés, la troupe a échoué. Cette seconde-là est le cœur de la tbourida, et elle a obsédé l'un des plus grands peintres du Maroc.
La tbourida, c'est quoi ?
La tbourida, aussi appelée fantasia, est la grande tradition équestre du Maroc. Une troupe, la sorba, d'environ 15 à 25 cavaliers en tenue traditionnelle, charge en ligne derrière un chef placé au centre. Son nom vient de baroud, la poudre. Les cavaliers sont jugés sur deux choses : l'alignement parfait des chevaux et l'unité du tir final.
Avant la charge, tout un rituel : costumes traditionnels, selles brodées, souvent une prière collective. Les chevaux sont généralement des Barbes ou des Arabes-Barbes, appréciés pour leur force et leur courage.
Le saviez-vous ? En décembre 2021, l'UNESCO a inscrit la tbourida sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Le fils du pacha qui peignait en cachette
Hassan El Glaoui naît à Marrakech en 1923. Il est le fils de Thami El Glaoui, dernier pacha de Marrakech et l'un des hommes les plus puissants du pays. Son père le destine à une autre carrière : le jeune Hassan peint donc en secret.
Puis arrive un invité célèbre : Winston Churchill, habitué de la maison du pacha, découvre ses dessins et l'encourage. Le peintre le résumera lui-même : il est devenu peintre grâce à Churchill.
Paris, puis les chevaux
Au début des années 1950, il part à Paris, où il se forme au dessin auprès de Jean Souverbie et à la peinture à l'huile auprès d'Émilie Charmy. Il reste une quinzaine d'années en France avant de rentrer au Maroc au milieu des années 1960. Les chevaux deviennent alors sa signature : il connaît par cœur leur anatomie et leur mouvement, et peindra fantasias, sorties royales et cavaliers jusqu'à la fin de sa vie.
Glaoui et Churchill, côte à côte
La boucle est bouclée en 2012 : à Londres, à Leighton House, les tableaux de Glaoui sont exposés aux côtés des peintures marocaines de Churchill lui-même.
Une cote qui ne cesse de monter
Hassan El Glaoui s'éteint à Rabat le 21 juin 2018, à 94 ans. L'année suivante, sa Sortie du Roi est adjugée 137 500 livres chez Sotheby's à Londres, et le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain de Rabat lui consacre une grande rétrospective, Le Sel de ma Terre. Le palais de son père à Marrakech, Dar El Bacha, est aujourd'hui un musée : voir nos musées à visiter au Maroc.

Le cheval, toujours vivant dans la peinture marocaine
Aujourd'hui encore, les peintres marocains reviennent sans cesse au cheval, du geste expressif à l'art naïf. Deux œuvres disponibles :
- Mohamed Toumi — Chevaux, technique mixte sur toile, 100 × 160 cm.
- Abderrahim Trifis — Cavaliers, peinture naïve, huile sur peau.
Découvrez aussi la page de Mohamed Toumi ou parcourez toutes les œuvres disponibles.