Plus une signature est recherchée, plus elle est imitée. Sur le marché marocain, la question n’a rien de théorique : acquérir une œuvre de Gharbaoui, de Chaïbia ou de Saladi suppose de savoir ce que l’on achète, et à qui. Voici les vérifications qu’un collectionneur avisé fait toujours, avant de s’engager.
Un problème ancien, désormais pris au sérieux
La presse marocaine documente depuis longtemps la circulation de faux. Des toiles attribuées à Jilali Gharbaoui ou à Abbès Saladi ont été vendues sous le manteau à des acheteurs qui n’avaient pas les moyens de les distinguer des originaux ; un témoin interrogé par La Vie éco affirmait que, de toutes les œuvres de Chaïbia qu’on lui avait présentées en trois ans, une seule lui avait paru hors de doute.
En février 2024, le ministère public, le ministère de la Culture et la Fondation nationale des musées se sont réunis sur la contrefaçon d’œuvres d’art. Parmi les pistes évoquées figurent un système de certification de l’authenticité et le renforcement de l’expertise ; le président de la Fondation, Mehdi Qotbi, annonçait alors la création d’une plateforme de techniciens chargée d’authentifier signatures et supports.
En attendant que ces dispositifs se généralisent, la prudence reste l’affaire de l’acheteur.
Cinq vérifications avant d’acheter
1. Remonter la provenance
D’où vient l’œuvre, et par quelles mains est-elle passée ? Une provenance solide se lit dans des documents : facture d’une galerie, catalogue d’une vente aux enchères, catalogue d’exposition, publication, correspondance. Une chaîne de propriété qui s’interrompt n’est pas une preuve de faux, mais c’est une question qui appelle une réponse.
2. Lire le certificat avec exigence
Un certificat ne vaut que ce que vaut son auteur. Qui l’a émis : l’artiste, ses ayants droit, un expert reconnu, un marchand ? Décrit-il précisément cette œuvre-ci, avec sa technique, ses dimensions et une photographie ? Est-il daté ? Un document vague, qui pourrait s’appliquer à n’importe quelle toile du même artiste, ne prouve rien.
3. Voir l’œuvre, et la regarder de près
Aucune reproduction ne remplace l’examen physique. Le support, le revers, le châssis, les étiquettes de galeries ou d’expositions, l’état de la couche picturale et la cohérence de la signature avec la période de l’œuvre disent souvent ce qu’une photographie tait.
4. Se méfier du prix trop beau
Une œuvre importante proposée nettement en dessous de ce que l’on observe pour des œuvres comparables, avec une histoire floue et une vente pressée, réunit les signes d’une affaire à éviter.
5. Acheter auprès d’un professionnel qui engage sa responsabilité
Exigez une facture qui désigne l’œuvre et son attribution, et le dossier qui l’accompagne. Un vendeur sérieux ne se dérobe pas à ces questions : il les anticipe.
Vous possédez déjà une œuvre ?
Rassemblez tout ce qui la documente, factures, certificats, photographies anciennes, catalogues, et faites-la examiner avant d’envisager une assurance, une transmission ou une revente. La galerie peut la voir : demander une estimation ou la confier en dépôt-vente.
Notre pratique
À ARTWORKS, aucune œuvre n’est proposée sans avoir été examinée physiquement. Pour un artiste vivant, l’authenticité est confirmée directement auprès de lui ; pour un artiste disparu, un certificat d’authenticité et des documents de provenance sont exigés. Sans ces éléments, l’œuvre n’est pas mise en vente. Lire notre protocole d’authenticité.
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