Autodidacte, libre dans la couleur, indifférente à la perspective académique : la peinture naïve marocaine est célébrée, contestée et collectionnée depuis plus d’un demi-siècle. Voici ce qu’un collectionneur doit en savoir.
Des peintres sans école
À partir des années 1950, des peintres qui n’ont jamais fréquenté d’école d’art commencent à exposer. Mohamed Ben Allal (1928-1995) et Ahmed Louardiri (1928-1974) en sont les premiers grands noms. Leur technique est simple, leur couleur généreuse ; ils ne cherchent à maîtriser ni la perspective ni l’anatomie et puisent leurs sujets dans la vie quotidienne : le hammam, le souk, la rue, l’école coranique, les fêtes religieuses.
Ces peintres ne sont pas coupés de l’art de leur temps : Ben Allal a connu Jacques Azéma, et Louardiri fréquentait un atelier de peintre à Rabat.
Chaïbia et les femmes peintres
Chaïbia Talal (1929-2004) a donné au mouvement son nom le plus célèbre, tout en refusant de s’y laisser enfermer : elle revendiquait une parenté avec CoBrA et l’art brut. Comme elle, Fatima Hassan El Farouj (1945-2011) et Radia Bent Lhoucine ont commencé à peindre dans l’atelier d’un mari ou d’un fils. Fatna Gbouri (1924-2012), dont les toiles se déploient comme des fresques de la vie marocaine, est une autre figure majeure de cette génération.
Une étiquette contestée
Dans les années 1960, les peintres de l’École de Casablanca, Farid Belkahia et Mohamed Melehi en tête, reprochent à la peinture naïve de tourner le dos à l’avant-garde. Le mot lui-même fait débat. Le philosophe Moulim El Aroussi le fait remonter à la hiérarchie académique qui opposait les artistes formés à ceux qui n’avaient pas étudié ; le peintre Fouad Bellamine y voit au contraire une expression spontanée, proche de l’art brut, mais qui, à la différence de celui-ci, cultive le détail.
Les motifs récurrents disent un héritage plus profond : compositions saturées, symbolique des chiffres cinq et sept, parenté avec la peinture sur bois et sous verre. Pour plusieurs observateurs, cette peinture préserve quelque chose de la tradition orale marocaine.
Essaouira, une seconde vague
À partir des années 1990, après l’ouverture par Frédéric Damgaard d’une galerie qui leur est consacrée, des peintres autodidactes d’Essaouira s’imposent, parmi lesquels Regragui Bouslai, Saïd Ouarzaz, Houssein Miloudi et Mohamed Tabal. Leurs œuvres, denses en signes et en figures, sont souvent réunies sous l’étiquette d’« école d’Essaouira », que la critique elle-même manie avec prudence.
Collectionner la peinture naïve aujourd’hui
Les noms historiques du mouvement sont désormais recherchés, et cette attention attire son lot d’imitations : avant d’acheter une œuvre attribuée à Chaïbia ou à un pionnier, lisez notre guide pour authentifier un tableau marocain.
Des peintres d’aujourd’hui prolongent cette veine avec leur propre voix. Découvrez les tableaux naïfs disponibles à la galerie, signés notamment par Fatima Diouani et Abderrahim Trifis, à voir à la galerie ARTWORKS à Casablanca ou à commander avec livraison gratuite partout au Maroc.